Les développeurs front disparaissent
Alors de le front se complexifie et que les normes se durcissent, l'expertise front devient une denrée rare.
Où sont passés les développeurs front ?
Il y a quelques jours, à la suite d'un POC sur de l'architecture front, mon N+2 a "découvert" que j'étais compétente et même plus que la moyenne dans ce domaine précisément : le développement front-end.
Après plusieurs années au sein de l'entreprise, on va pas se mentir, ça m'a piqué au vif, il était temps qu'il s'en rende compte (quoi? J'aurais un besoin de reconnaissance non comblé? Ou un ego surdimensionné? Que nenni, je suis simplement développeuse).
Cependant, ça m'a permis de dézoomer de ma personne pour voir l'ensemble de l'entreprise. Et sur approximativement 150 développeurs, et bien, les purs fronteux se comptent sur les doigts d'une main. Allez peut-être de deux mais guère plus. La majorité écrasante est soit fullstack soit pur back.
Et bien que je n'ai rien contre ces deux spécimens, j'ai voulu comprendre pourquoi.
D'abord, est-ce que c'est commun à toutes les entreprises ? D'après l'étude de CodePad State of Tech Hiring 2025, les deux profils les plus recherchés en 2025 sont les développeurs back-end (41,7 % des recruteurs) et fullstack (40,3 %), loin devant les développeurs front-end (27,3 %).
L'étude de Jetbrain, The State of Developer Experience and Developer Productivity in 2025 va également dans ce sens : 85% des développeurs front font également du back (et deviennent donc fullstack) alors qu'il en est de seulement 57% pour les développeurs back qui font du front.
Mon métier n'est donc pas en train de disparaitre sous mes yeux mais de se faire manger par des profils plus généralistes.
Le fullstack, le choix logique
Je comprends la logique des entreprises qui se disent qu'un développeur capable de faire une feature de bout en bout est plus rentable et est plus facilement plaçable dans différents projets.
Mais au vu de la complexification montante de langages et framework front, ce qui m'interroge c'est comment les entreprises font pour rester à jour avec uniquement des profils fullstack.
Le front se complexifie avec l'âge
Faire du front aujourd'hui signifie, maitriser un framework qui monte de version très régulièrement,son architecture, son écosystème, les tests, les performances mais surtout l'accessibilité et le responsive. Et aussi la sécurité, la compatibilité navigateur et j'en passe.
Et niveau qualité, où en est-on ?
Si la tendance à l'air de se confirmer côté recrutement, le résultat est pourtant sans appel, il suffit de regarder les chiffres d'accessibilité des sites. Même s'il progressent légèrement au vu de toute la pédagogie mise en avant et surtout au vu des amendes qui flottent au dessus des têtes des mauvais élèves, les sites restent très mauvais de ce côté. Un seul chiffre : seul 9% de sites administratifs français sont considérés comme accessibles (conformes au RGAA) en 2026. C'est peu , très peu.
Et c'est ce paradoxe qui me gène vraiment. Recruter des fullstack c'est bien, je ne dis pas le contraire, mais savoir créer un composant en Angular ou React ne suffit pas pour faire du bon front. Ce sont les experts qui gèrent le bon choix d'architecture du projet pour faciliter la vie des autres devs., eux qui remarquent un mauvais balisage html, un code overkill alors qu'une ligne css suffisait, eux qui apprennent aux autres les bonnes pratiques de leur framework, qui se tiennent au courant des nouveautés.
Ils sont pour moi (je dis "ils" mais je me compte dedans bien entendu) essentiels au bon équilibre d'un système informatique si celui-ci ne veut pas crouler sous du code legacy non maintenable.
l'IA ne remplace pas l'expertise
Qu'en est-il de l'utilisation des IA dans tout ça ? On pourrait penser que leur aide puisse palier à ce manque d'expertise. Dans le cas de mon entreprise, le constat est plutôt amer. Certains ne prennent même pas la peine de lire ce que Copilot ou Claude Code a écrit côté front, parce que, je cite : "C'est du front, il n'y a rien de complexe". Croyez-moi, les reviews de PR ont rarement été autant retoqué que ces derniers mois.
Je suis pourtant persuadé que l'IA peut apporter beaucoup, mais sans un regard un minimum critique et des prompts un minimum professionnels, le résultat n'est guère reluisant.
##Le problème n’est pas le profil fullstack
Le problème n’est pas d’avoir des développeurs fullstack. Il est de croire qu’ils rendent les expertises inutiles.
Plus le front se complexifie, et plus l’IA accélère la production de code, plus on a besoin de personnes capables de prendre du recul, de challenger ce qui est produit et de transmettre les bonnes pratiques.
Le développeur front spécialisé n’est peut-être pas en train de disparaître. Mais son expertise, elle, est clairement sous-estimée.
Alors changeons la donne et redonnons du sens et de la reconnaissance à cette branche de notre métier.